Carnet de route
2006-08 Zanskar
Le 31/08/2006 par
Présentation générale des voyages sportifs - INDE 2006 -
Au nord de l'Inde, aux confins du plateau tibétain, s'étendent les anciens royaumes du Ladakh, du Zanskar et du Lahaul. Sur ces hautes terres, au cœur de l'Himalaya, s'est développée une civilisation riche et originale, marquée par l'omniprésence du bouddhisme lamaïste.
Le Ladakh est la plus riante de ces régions, la plus riche et la plus peuplée. Les cultures et les villages, dominés par d'impressionnants monastères, s'étendent dans la plaine de l' Indus ou aux débouchés des vallées affluentes. Jadis, au départ de Leh, les riches caravanes des marchands rejoignaient Lhassa. Le Zanskar est un pays austère à la sauvage grandeur. En dehors de la vaste plaine de Padum, le reste du pays n'est que hautes vallées ponctuées de villages oasis. Il recèle quelques monastères parmi les plus spectaculaires de l'Himalaya.
Le Lahaul a certainement connu plus de transformations, mais ne manque pas d'intérêts pour qui s'aventure dans ses hautes vallées secrètes.
Comme une immense toile d'araignée, des sentiers sillonnent ces terres, joignant villages et monastères ; partout "chortens" et "murs à mani" sont autant de traits d'union entre les hommes et les dieux.
Pour les touristes étrangers, ce haut pays constitue un formidable terrain de randonnée à travers des paysages d'une grandeur sauvage, à la rencontre d'une civilisation troublante et attachante. Il convient toutefois de garder à l'esprit le côté artificiel et superflu de notre pratique, pour des populations locales à qui nous devons respect et discrétion.
L'itinéraire choisi est des plus classiques, reliant Lamayuru à Darcha selon la célèbre "Traversée du Zanskar". L'originalité vient du fait que nous nous sommes placés dans une logique de club, désireux d'offrir à chacun selon ses aspirations et ses possibilités. Ainsi le projet s'est déroulé en deux temps : En août, une première équipe de dix personnes a suivi l'itinéraire, d'une manière classique avec le soutien logistique d'une équipe locale. Ainsi soulagés d'une partie des contraintes matérielles, les yeux et les cœurs furent plus disponibles pour recevoir et s'émerveiller. En septembre, un second groupe de six personnes a entamé le périple de manière autonome, avec quelques jours de nourriture dans les sacs et la ferme intention de vivre au plus près des populations. Ce fut, dans ce mariage de l'effort, de la précarité, de la découverte et de l'échange, l'occasion de saisir toute la rudesse du pays, mais aussi toute sa richesse.
Patrice Fanger
Groupe 1 - Du 21 juillet au 20 août 2006
Départ le vendredi 21 juillet : Lyon - Londres - Delhi 11H30 de vol.
Samedi 22 juillet : Delhi - Leh (3500) Ih30 de vol. Visite de la ville, début de la phase d'acclimatation.
23-24-25 juillet : Journées d'acclimatation : à Leh visite de Tsemo castel, du palais royal, de Samkar gompa et Shanti stupa ; à l'extérieur, visite des monastères de Hémis, Thiksey, Shey, Phyang, Spituk.
Mercredi 26 juillet : Transfert à Lamayuru (3500) avec visite en route du monastère d'Alchi (4h de route). Premier bivouac, prise de contact avec l'équipe (1 guide, 1 cuisinier, 3 aide-cuisiniers, 4 muletiers, 18 chevaux). Visite du monastère.
Du jeudi 27 juillet au lundi 14 août : trek Lamayuru (3500) - Darsha (3400)
19 jours de marche - 10 500 m de dénivelé positif - Prés de 92 h de marche effective - Certainement plus de 250 km
Altitudes : entre 3200 et 5060 m - Altitude moyenne des camps : 3800 m
Camp le plus haut : Lakang sumdo (4490 m)
9 cols dont 8 les 7 premiers jours. : Prinkti la (3720), Sirsir la (4825), Bhumikste la (4430), Sengge la : col du lion (4965), Kiupa la (4460), Murgum la (4420), Anuma la : col du singe (4750), Parfi la (3930), Shingo la (5060).
Journée la plus dense : jour 6 : Lingshed - Orna chu [+1190 -1660] 7h30 de marche effective
Visite des monastères de Wanla, Lingshed, Karsha, Bardan et Phuktal.
Mardi 15 août : transfert à Manali en bus privé : 7h30 de route
Mercredi 16 août : Manali
Jeudi 17 août : Manali - Delhi de jour en jeep (14h30 de route)
Vendredi 18 août : Visite de Old Delhi, Fort rouge
Samedi 19 août : Delhi ou visite du Taj Mahal à Agra (8 h de route en bus privé)
Dimanche 20 août : Retour Delhi - Londres - Lyon (10h30 de vol)
Groupe 2 - Du 31 août au 25 septembre 2006
Jeudi 31 août : Privas - Lyon - Delhi (voiture-avion)
Vendredi 1er septembre : Delhi - Leh (avion) / Leh (3500) - Ladakh
Samedi 2 septembre : Visite Hémis - Matho -Tiktsé (taxi)
Dimanche 3 septembre : Visite Phyang - Spituk - Stock (taxi)
Lundi 4 septembre : Leh - Alchi (visite) - Wanla - Phanjila (3300) (taxi)
Mardi 5 (Tl) : Phanjila-Potoksur (4100)-Phanjila -Hanupata (3800) : 5h30 [+800 -60]
Mercredi 6 (T2) : Hanupata - Sirsir La (4800) - Potoksur (4100) : 6h30 [+900 -600]
Jeudi 7 (T3) : Potoksur - Lingshed (3900) - Potoksur - Bumiktse La (4400) - Sengi La (4900) - Camp (4500) : 10h30 [+1000 -750]
Vendredi 8 (T4) : Camp (4500)-Kiupa La (4450)-Gongma-Skiumpata-Lingshed (3900): 4h30 [+550 -1100]
Samedi 9 (T5) : Lingshed - Pishu (3450) - Lingshed - Hanuma La (4700) – Snerte (3770) : 8h30 [+1000 -1200]
Dimanche 10 (T6) : Snerte-Rivière 3400 - Parfi La (3900) - Hanumil (3480) : 6h00 [+1000 -900]
Lundi 11 (T7) : Hanumil - Pigmo - Pishu (3450) : 5h [+450 -450]
Mardi 12 (T8) : Plaine du Zanskar (Bus-Taxi) - Pishu-Padum (bus) – Karsha-Padum (taxi) (3550)
Mercredi 13 (T9) : Padum - Phuktal (4000) - Padum - Bardan - Sani - Reru (3750) (taxi) - Ichar - Pepul (3800) : 5h [+950 -950]
Jeudi 14 (T10) : Pepul - Surle - Purne (3950) : 4h
Vendredi 15 (TU) : Purne (3950) - Phuktal (4000) - Purne(3950) : 3h30 [+450 -450]
Samedi 16 (T12) : Phuktal - Darsha (3400) - Purne - Yal - Testa - Kuru - Tangzen - Table - Shi (4150) : 7h [+600 -350]
Dimanche 17 (T13) : Shi - Kargyak - Lakank Sumdo (4500) : 6h [+500 -80]
Lundi 18 (T14) : Lakang Sumdo-Shingo La (5000) - Ramjak (4300) : 7h30 [+700 -800]
Mardi 19 (T15) : Ramjak-Zangskar Sumdo-Rarik (Darsha) (3400) : 4h30 [+200 -1000]
Mercredi 20 (T16) : Rarik (réserve)
Jeudi 21 : Rarik - Darsha - Keylong - Rohtang La (3980) - Manali (2050) (taxi)
Vendredi 22 : Manali / Manali - Delhi (bus de nuit)
Samedi 23 et dimanche 24 : Delhi
Lundi 25 : Delhi - Lyon - Privas (avion-voiture)
Mon voyage au Zanskar
Ça a été d'abord une décision difficile à prendre en janvier dernier. Beaucoup de questions : est-ce que j'arriverai à suivre le groupe ? Est-ce que je suis capable de faire ça ? Et l'altitude ?... mais aussi : un mois sans nouvelles des enfants, des parents, un mois sans être joignable, il peut se passer tant de choses en un mois ! Alors, que d'hésitations ! Puis enfin, la décision est prise, je suis inscrite, le premier acompte du voyage est versé. Maintenant, il va falloir assumer, dans sa tête et dans ses jambes ! Alors de janvier à juin, c'est la préparation psychologique et physique : un peu de musculation pour régler un problème de genoux douloureux, de la randonnée raquette l'hiver, puis du vélo et quelques longues marches pour acquérir de l'endurance. Rien de bien violent mais la forme vient peu à peu. Puis juillet est là, il faut "bourrer" pour finir le "boulot" et être en congé quelques jours avant le départ afin de décompresser et boucler les bagages soigneusement pensés et pesés. Dernière réunion, tout est cadré (pas par moi, car je n'ai pas beaucoup participé à la préparation du voyage !). Vendredi 21 juillet, 3 heures du matin, c'est le départ. Je n'ai bien sûr pas dormi. Je suis, il faut le reconnaître, un peu stressée. Le voyage est long, 26 heures entre Lyon et Leh, avec une attente interminable à l'aéroport de Delhi dans une agitation et un bruit peu ordinaires. Certains collègues sommeillent, d'autres dorment comme des bienheureux sur les banquettes. Pour moi, il faudra attendre Leh et un bon lit pour fermer l'œil.
Atterrissage à Leh (3500 m d'altitude), des militaires partout, l'arme au point et impérieux : "no photos, no photos". Impressionnant ! Un peu de migraine due sans doute en partie à l'altitude, en partie à la fatigue du voyage. Rien de méchant, pour les collègues non plus. Quatre jours d'acclimatation avant le début du trek. On en profite pour visiter Leh et les monastères proches : Hémis, Thiksey, Shey, Spituk, Phyang. Dommage on a manqué de quelques jours le festival de Hémis, de même que ceux d'autres monastères qu'on visitera au cours du trek. Au sujet des visites des monastères, je dois dire que j'ai été un peu déçue, bien qu'ils renferment souvent des peintures et des statues magnifiques, ou bien sont accrochés à des sites superbes comme à Phuktal. Mais parfois aussi, ils sont délabrés, assez sales et peu intéressants. Par ailleurs, il y avait peu de moines et les moinillons qu'on a vus, des enfants qui viennent là quelquefois dès l'âge de 4 ou 5 ans, semblaient vraiment au service des moines adultes et l'enseignement qu'ils recevaient ressemblait plus à du rabâchage des textes sacrés qu'à un réel apprentissage. Non, le bouddhisme ne m'a pas séduite ! Petite parenthèse en parlant de religion : à Padum la visite inattendue d'une mosquée m'a laissée un souvenir marquant. Dans une pièce à l'étage, une quarantaine de femmes assises en tailleur écoutaient tête baissée le message qu'on leur délivrait d'un ton impérieux. Sans bien sûr comprendre les propos, on pouvait repérer des phrases qui revenaient avec insistance, comme si on leur martelait une vérité avec autorité. En moi-même, je leur disais : "levez la tête et pensez par vous-même". Au cours du trek de Lamayuru à Darsha, les étapes se succèdent dans l'enchantement des paysages grandioses, sublimes, indescriptibles, en particulier jusqu'à Karsha, au rythme lent de nos pas et de notre respiration. A chacun des 9 cols, c'est la satisfaction de l'avoir gravi et la découverte d'autres paysages tout aussi magnifiques.
Nos étapes sont ponctuées aussi par la traversée de villages ladakis puis zanskaris, entourés essentiellement de champs d'orge et de pois où des femmes travaillent (dans la région de Padum une invasion de criquets dévastaient les champs d'orge). Beaucoup d'enfants curieux s'approchent, pauvrement vêtus, sales et mécheux, mais souriants. Si on leur donne un bonbon (ce qu'il ne faut pas faire, mais parfois on le fait quand même !), leurs yeux brillent comme des étoiles. Le contact avec les habitants qui nous invitent à boire le thé est toujours hospitalier et chaleureux, mais aussi bouleversant. Et c'est parfois la larme au coin de l'oeil derrière les lunettes noires que je reprends le chemin, en pensant à leur dénuement face aux dures conditions de l'hiver ou à la maladie.
La compagne de mes étapes est aussi parfois l'angoisse. Sans nouvelles de la famille, la tête se met par moment à "gamberger" : les enfants..., un accident... et si en rentrant..., ou alors tout à coup je languis. Alors, il faut réagir, se raisonner, heureusement les collègues sont là pour rire et papoter. Puis la fin de l'étape arrive avec la découverte d'un nouveau campement, parfois paradisiaque comme à Reru ou Pishu, parfois un peu moins bien, le bien-être et le repos après la toilette dans l'eau des torrents à 5 ou 6 degrés,
puis le thé et le copieux repas préparé par nos cuisiniers et servi, dans la bonne humeur, par Tenzin au sourire et aux yeux malicieux.
Le trek terminé, à Darsha, il faut retrouver le bitume, les camions et les odeurs de goudron chaud et d'essence qui nous paraissent insupportables. Puis, ce sont les longs trajets vers Delhi via Manali. Au total près de 24 heures de bus ou 4 x 4. Les premières heures de voyage, on ressent une certaine angoisse, du fait de l'état des routes toujours susceptibles de s'effondrer dans le précipice ou de recevoir un éboulement de rochers de plus haut et d'autre part du fait de la conduite pour le moins hasardeuse des indiens rivés sur leur klaxon, que rien n'effraye, ni les feux rouges, ni les lignes continues, ni les dépassements en plein virage. Alors, quand on descend de voiture à la première étape, secoué, engourdi, on est presque étonné d'être toujours vivant. Et puis peu à peu on s'habitue, ça devient même plaisant et on en rit. Il faut dire que la vitesse n'est pas importante et les chauffeurs sont habiles. Et puis étant donné que personne ne respecte le code de la route, personne ne s'étonne non plus de se trouver nez à nez avec un bus ou un camion dans un virage. Ça fait partie de la normalité des choses et ils gèrent la situation. C'est comme ça que sur les autoroutes (si on peut appeler ainsi les routes à deux voies et payantes), on peut voir : des voitures, des camions, des tracteurs, des motos et mobylettes, des
vélos, des rickshaws, des attelages de boeufs, des dromadaires, un éléphant "rouler", y compris à contresens et sans lumière la nuit,
des tracteurs franchir le terre-plein central et traverser la chaussée, des vaches efflanquées et maladives couchées au bon milieu sans se préoccuper du vacarme des klaxons.
Arrivé à Manali, c'est le retour à la civilisation dans une petite ville agitée, encombrée et bruyante, à part dans le vieux Manali où une faune européenne, jeune, au regard un peu glauque a pris ses quartiers d'été. L'explication, c'est que la mauvaise herbe qui pousse partout au bord des rues, dans les caniveaux, dans les champs, c'est le cannabis. La chaleur et l'humidité lui conviennent à merveille, les plants sont drus et superbes.
Puis Delhi, une journée seulement mais c'est suffisant car la visite du vieux Delhi est assez insupportable. Ce n'est plus la pauvreté du Zanskar, mais la misère : là, sous une bâche, sans doute pour seul abri, une femme tient un bébé pas plus gros qu'un petit poupon ; là, un bébé de quelques mois dort d'un sommeil léthargique sur un tas de chiffons sales, plus loin un gosse gratte dans un tas d'ordure en même temps qu'un chien..., alors qu'à deux pas les beaux quartiers étalent leur richesse et leur prospérité.
Et pour terminer le voyage, visite du Taj Mahal à Agra, une merveille !
Odile
Impres-sons de voyage
Samedi 12 août 2OO6-Lakang Sumdo (4500 m)
Tombée de la nuit. 8 tentes et 18 chevaux au bord du fleuve Zanskar. Notre campement s'endort. Mes yeux ont baissé leur grille. Restent mes oreilles qui veillent. Pierre a glissé dans le sommeil, enfin sage. Dans d'autres tentes, les dernières voix se croisent, se taisent, puis reprennent, s'alanguissent, de plus en plus feutrées. Non loin de nous les chevaux font leurs bons bruits de chevaux, piaffent, soufflent dans leurs joues, se répondent, rêvent peut-être.
Je m'applique à redire dans ma tête les noms étranges de ce pays, les mots de cette langue, entendus tout le long de ces jours de marche : Shingo La : le col, Kargyak chu : la rivière, Phuktal : le monastère, Tchonzor : le cuistot, "tchaïnapo" : le thé (est prêt !), thugdzetche : merci... Tous ces sons me reviennent, roulés par la voix un peu enfantine de Tenzin, notre guide. Je les réentends, malmenés dans nos bouches hésitantes. Les sourires de la journée, c'est plus facile ; ils n'ont ni accent ni patrie.
Le bercement des mantras récités par Tenzin en marchant, le claquement des drapeaux de prières à tous les cols, le chant entraînant des cuisiniers, la mélodie du " djulee " (bonjour) à chaque réveil, à chaque rencontre, se bousculent dans ma tête.
Le grand fleuve Zanskar nous a tenu compagnie tout le jour et a grondé à nos côtés mais maintenant, dans le silence, il déploie tous ses fracas dans la nuit, charrie ses boues, concasse ses cailloux, s'empare de toutes les fréquences, impose sa loi sonore jusqu'à me traquer, moi; si petite au fond de mon duvet.
Impressionnée, je cherche un murmure qui me rassure et me berce, je le trouve : c'est une toute petite pluie qui pianote sur la toile, mêle sa petite voix têtue au grand concert des eaux. Je dérive en douceur ...
Suzon Berthelot-Miralles
TENTATION
Tentation de fin de trek
Comprendre un peu B. Moitessier
Le retour n'est pas inéluctable
Refaire le chemin à l'envers
Non, plutôt dans l'autre sens
Non pas le même voyage
Mais simplement revoir quelques jalons
Voir l'envers du paysage
Faire tranquillement demi-tour
TENTATION
Pierre Berthelot-Miralles
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