Carnet de route

2006-09 Zanskar

Le 30/09/2006 par

Phuktal, le 15 septembre

La visite s'étire doucement sur la terrasse du monastère. Assis sur le muret, le soleil nous chauffe le dos. Aucun du groupe ne semble pressé de partir ; nous avons partagé avec les petits et grands moines une soupe, simple mais bonne. Des sourires sont échangés, quelques mots, nos prénoms. Curieusement, dans ce lieu où le temps semble s'être arrêté, les jeunes moines présentent un vif intérêt pour nos montres : celles de certains, pour leur apparente technicité, la mienne car restée à l'heure française.

L' ambiance est si gaie, tranquille ; que pouvons-nous supposer de leur quotidien, de leurs désirs, de leurs craintes, de leur renoncement ? Qu'imaginent-ils de notre vie occidentale ?

Demain d'autres touristes chaufferont leur dos sur ce mur, écouteront les sons des cymbales et tambours, rythmant leurs prières. Au retour, ils emporteront avec eux un peu de cette gaîté, de ce mystère, quelques photos... L'automne et l'hiver se refermeront sur ce monastère, le rendant à sa solitude, sûrement gardienne des traditions.

Nos mondes ne semblent être que pour se croiser, il est encore heureux que la rencontre puisse exister.

Agnès Satre

 

La Zanskar

Elle gonfle avec l'eau descendue des glaciers,

Elle broie en son lit argiles et rochers,

Pour donner un limon fertile et minéral

Que l'homme changera en tissu végétal.

 

Elle a donné son nom au pays qu'elle fend

D'un trait d'azur laiteux au rapide courant,

Visible des hauts cols, des sommets enneigés,

Elle guide les pas des êtres égarés.

 

Dans les bras de I' Indus sa course se finit,

Son corps y disparaît, mais son âme y survit :

Sauvage, indomptée ; crainte pour ses colères,

Généreuse, aimée ; pour donner vie aux terres.

Stéphane Grassot

 

Rarik

Rarik est un de ces hameaux où personne ne s'arrête, un de ces lieux où l'on passe un peu plus vite qu'ailleurs, parce que plutôt moche, parce que à l'écart de la nouvelle route, parce que sans intérêt touristique...

Il pleut déjà depuis trois heures quand nous arrivons à Rarik ; non poussés par la curiosité, mais parce que s'achève ici notre traversée du Zanskar et que nous y avons rendez-vous avec notre taxi. Mais pour le moment notre préoccupation est de trouver un toit, pour manger au sec et, peut être, pour dormir à l'abri.

Tanzin nous ouvre sa modeste demeure ; timidement d'abord, pour un bon thé brûlant autour du poêle ; puis visiblement rassuré par notre attitude, il nous propose sa chambre, nous n'en espérions pas tant. Nous allons passer là deux nuits et une journée presque confortables.

Tanzin est pieu, il a même été moine durant quelques années ; dans sa chambre est dressé un autel, et le soir venu, il vient éclairer trois lampes à beurre dont les flammes dansent sur les images des Rimpoches, alors que nous nous endormons, apaisés.

Avant que le sommeil ne vienne totalement, dans une espèce de demi-conscience, défilent des images, des sons, des souvenirs pèle mêle... Me revient d'abord cette pauvre demeure au Maroc où nous nous étions abrités d'un déluge au temps d'un voyage à vélo ; les présents "gastronomiques" d'une ranger américaine au cœur de la Sierra Nevada ; puis plus près dans le temps, à Spituk le repas partagé des moines... Puis s'enchaînent des paysages que nous venons de traverser : Hanupata, Potoksur, Lingshed, villages oasis et leurs formidables décors de falaises multicolores ; les cols aux drapeaux de prières battus des vents ; la Zanskar, la Tsarap, rivières toutes puissantes et riches de l'eau de la vie ; le temps des moissons à Pishu, Testa, Kuru ; et tous ces visages qui font comme une danse : nonnes "centenaires", écoliers rieurs, enfants moines, bergères timides, lamas psalmodiant, paysannes chantant, ouvreurs de routes, casseurs de pierres, caravaniers poussiéreux... ; les monastères graves et joyeux qui dominent le paysage, Phuktal débordant de sa grotte, Alchi le millénaire, Karcha, Spituk, Tiksé à l'assaut du ciel...

Il ne reste plus qu'une lampe allumée et sa flamme monte droit vers le Dalaï Lama, maintenant deux visions se côtoient : le mandala de sable des moines de Spituk qui, impermanence oblige, n'existe plus aujourd'hui, disparu dans les eaux de l'Indus ; et tous ces ouvriers qui franchissent le Shingo La, procession incertaine et profane à la recherche du simple pain de la vie au dur prix de leur peine.

Excuse-nous, Tanzin, quand en partant, et malgré toutes ces richesses révélées, nous n'avons su te remercier qu'avec de l'argent...

Patrice Fanger

 

 

Passer un col…

Le trek de septembre au Zanskar a été une suite d'étapes variées, de sites de campement divers, mais chaque matin, cette frénésie à sortir (hâtivement…) du duvet questionne le néophyte : Et pourquoi ne pas rester là, se contenter de ce que l'on a trouvé hier ? Pourquoi lever le camp, laisser ce village qui nous a accueilli pour la nuit ? Pourquoi repartir vers la difficulté ? Curiosité intarissable ? Hyperactivité maladive ?

Reprendre les bâtons et se remettre en marche vers un pays que l'on ne connaît pas. Quitter le connu pour l'inconnu, continuer d'avancer : l'aventure demande une décision.

Avoir envie de découvrir, décider.

Laisser ce que l'on connaît des choses et regarder en prenant du recul, de la hauteur. Cheminer doucement, mais se retourner régulièrement. Reprendre son souffle. Contempler ce paysage et observer les changements liés au point de vue .

Le détail intègre la globalité, sans tout à fait disparaître.

Repartir sur le sentier dont la pente s'accentue désormais, marcher  sereinement, résolument, vers ce col en point de mire. Plus tard, se retourner encore, constater que le soleil a répandu sa lumière : le paysage a encore changé.

Le temps qui passe modifie la perception, influence le jugement.

Le voici enfin ce passage, ce col, ce moment attendu où l'on va voir ce qui était caché jusqu'alors. Un nouvel horizon s'offre aux yeux, vaste, trop vaste pour notre dimension humaine. On y cherche déjà des détails à notre mesure, des repères qui permettront de s'orienter une fois immergés dans ce nouvel environnement. Chercher le but que l'on s'est fixé, estimer le meilleur passage pendant que l'on a cette vision globale du terrain.

L'appréciation de l' ensemble est essentielle pour la progression.

Avant de s'avancer dans la pente, porter un dernier regard vers le pays que l'on ne verra bientôt plus derrière le col, pour mieux imprégner sa mémoire de souvenirs.

Laisser derrière soi n'est pas abandonner, ni oublier.

L'approche de l'inconnu demande vigilance et observation. Le choix des repères est essentiel pour le balisage du chemin, mais ils ne sont que des guides qui ne doivent pas faire oublier l'objectif. Ne pas se laisser abuser par des jalons séduisants.

Ne pas confondre direction et terminus.

Arrivé au terme de son étape, le marcheur fait connaissance avec un nouvel environnement, découvre des hommes, apprend leurs coutumes, leur partage ses expériences. La confrontation des genres enrichit chacun.

Accueillir la différence, proposer son originalité.

Partir chaque matin, c'est choisir d'aller découvrir de multiples horizons, d'aller au-devant de diverses rencontres. Lever le camp, c'est ouvrir sa vie, c'est se donner cet esprit de randonneur, cette envie de découverte. L'effort est minime en regard des joies qu'il procure.

Quelle aventure ! Quelle leçon de vie !

Dominique MOREAU








CLUB ALPIN FRANCAIS PRIVALPIN
MAISON DES SPORTS
125 RUE RENE PRIVAT
07000  PRIVAS
Contactez-nous
Tél. 06 51 17 35 01
Permanences :
jeudi 18:45 à 19:45