Carnet de route
2007-08 Canada
Le 31/08/2007 par
Chemins de liberté...
Parc National de Banff, Alberto
Nous voici au coeur des Montagnes Rocheuses Canadiennes. Il y a quelques minutes le bus Sreyhound nous a déposés sur le parking encombré du petit centre commercial de Lake Louise. Nous sommes quatre pour cette nouvelle aventure, et pour le moment nous terminons les démarches administratives au Centre des Visiteurs. C'est le passage obligé car ici dans un Parc National tout mouvement nécessite une autorisation et tout se paye. De lourds nuages noirs accrochent les sommets, nous quittons le bitume pour le sentier. Un panneau donne quelques informations sur la flore et la faune, nous avertissant une énième fois des dangers dus aux ours ; le ruisseau s'engouffre sous un pont sur lequel les véhicules filent à vive allure ; nous sommes entre deux mondes. Les sacs, chargés de tout le nécessaire pour deux semaines en totale autonomie, prennent place sur le dos ; on règle la longueur des bâtons de marche ; les pulvérisateurs à poivre fixés à la ceinture nous donnent des airs de cow-boy ; on traîne un peu comme si au dernier moment quelques hésitations se faisaient jour ; et puis on part sans plus se retourner, un premier raidillon, le rideau des arbres se ferme sur le monde des hommes, nous sommes déjà si loin...
Voici déjà quelques heures que nous remontons la vallée le long d'un agréable balcon où alternent dans une heureuse mise en scène, prairies, forêts et lacs. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages et teste la patience du photographe en quête des meilleures lumières. Je reste à l'arrière de notre groupe dans l'attente d'une éclaircie sur un petit lac, presque une flaque tant est vaste le paysage. Soudain l'inattendu, un grizzli sorti d'on ne sait où, se dirige vers le lac, va-t-il boire ? Non, il entre dans l'eau et barbote, puis il reprend pied sur la berge, s'ébroue, retourne quelques pierres en quête de nourriture et enfin disparaît derrière une crête. La rencontre n'a duré qu'une poignée de minutes, mais cela a suffi pour ressentir toute la force tranquille de l'animal, sauvage, libre et beau.
Il y a déjà longtemps que tout sentier a disparu ; nous avons remonté une vallée au long de la rivière, parmi les saules nains, la forêt moussue aux arbres enchevêtrés, les tourbières inondées ; nous avons patienté de longues heures dans nos tentes trop petites avant que les intempéries ne cessent, nous avons franchi dans la neige le col espéré et craint. Maintenant c'est dans un pierrier que nous déballons nos sacs, tout est là étalé au soleil dans une joyeuse explosion de couleurs ; l'eau et la neige se sont insinuées partout, jusque dans la nourriture, il est grand temps de tout sécher.
Le torrent gonflé par la fonte du glacier dévale la vallée, l'eau impétueuse a pris la couleur de la terre, il va pourtant falloir traverser, nous avons franchi de nombreux gués mais celui-ci semble un peu plus compliqué que les autres. Est-ce bien nous qui pensons cela ou le splendide loup gris qui nous fait face de l'autre côté de la rivière. Surpris ! Il doit l'être, tout autant que nous, mais pas affolé. Il s'en va trottinant, sans nous quitter des yeux. Nous le regardons jusqu'à ce qu'il disparaisse au milieu des arbres. Merci loup, d'être là, d'exister, sauvage parmi les sauvages, indompté pour nous aider à vaincre nos vieilles peurs. Maintenant nous allons devoir enlever chaussures et pantalons et bien en appui sur nos bâtons nous lancer dans la traversée. Dans son cercle de pierres le feu crépite, les flammes illuminent la nuit. Assis sur nos boîtes à ours nous profitons de la douce magie de cette soirée. A cet instant nous sommes si loin, loin des autres hommes et peut-être, en nous laissant aller, si loin de nous-mêmes. Autour de nous, tout n'est que sauvagerie ; des animaux sont certainement là que nous ne voyons pas, des chevreuils, des ours, des loups peut-être ; les sommets qui se découpent sur le ciel noir n'ont jamais connu de vainqueur et restent anonymes ; la forêt s'élance sans fin de toute part ; les étoiles innombrables, le chant infini du ruisseau. A cet instant nous ne sommes rien et nous sommes tout, simplement heureux, terriblement vivants, sauvagement libres.
Patrice Fanger
De retour de nulle part
A cet endroit la carte n'indique rien. Quelques courbes de niveau laissent présager un passage. Mais l'équidistance est telle qu'une barre de 20 ou 30 m n'est pas visible ! Pas de nom à ce passage. Ce col existe-t-il ? Ou bien n'est-ce qu'un espoir bientôt déçu ?
Nous avons donc remonté la vallée de la Roaring ; aucun chemin, sinon quelques sentes d'animaux se perdant souvent dans le dédale des arbres couchés. La progression est lente dans ce terrain où les détours et les passages d'obstacles sont fréquents. Le fil conducteur c'est l'eau. A chaque fois que nous nous en écartons, nous devons à nouveau retrouver son lit rassurant. Mais si nous nous aventurons à remonter cette rivière de trop près, ce sont les tourbières et les cascades qui font obstacle. Une rencontre pourtant. Un couple de cerfs mulets, très curieux de ces bipèdes entourés de tout un barda qui sèche au soleil. Drôle de confrontation.
Les hommes n'ont pas laissé de trace ici. On se sent enfin réellement seuls et loin de notre civilisation. Nous progressons, suivant le cours de la rivière avec une carte trop imprécise, et une trop vague vision (glanée sur google earth !) de ce que la montagne nous réserve là-haut.
A force de suivre l'eau, nous avons remonté un affluent plus impétueux que notre rivière guide, la Roaring. Mais peut-on vraiment s'égarer quand il n'y a plus depuis longtemps de chemin à suivre ? Aucune inquiétude ne nous accompagne. Nous nous régalons de cet espace grandiose et sauvage, où nous savons n'être que de passage.
Plus loin, nous sortons enfin de la forêt, encore 500 m sous le col, ... hypothétique. Il est déjà tard et c'est un endroit pour poser nos tentes que nous recherchons. Mais là, c'est la pluie qui nous accueille. Drue, froide et pénétrante comme la météo de montagne nous en dispense trop régulièrement. Nous avons retrouvé la Roaring, dévalant un canyon invisible sur la carte. Nous ne pourrons faire les difficiles ce soir. La pluie nous a posé là, sous quelques sapins, et nous a privé d'une partie de notre repas. Mais nous nous couchons avec l'espoir que demain nous passerons...
Le lendemain, neige et brouillard. Nous passons la journée à espérer que tout ceci se dégage. Mais rien n'y fait. La journée est longue, entrecoupée de quelques éclaircies pendant lesquelles nous en profitons pour se dégourdir les jambes, pour chercher de l'eau et manger un peu. Le reste du temps se passe dans une tente où nous ne tenons même pas assis à deux.
Encore une nuit à passer là. Ce passage existe-t-il ? Peut-être attendons-nous pour quelque chose qui n'est pas ! Pour le savoir, il nous faut attendre encore.
Le réveil est magnifique. Un grand ciel bleu dégagé avec la neige tombée la veille, nous offre un paysage d'hiver. Pour une rando d'été, c'est un peu fort ! Mais l'envie d'en découdre est intacte. On devine un passage. Mais est-ce le bon ? Profitant du beau temps, nous décidons d'un petit détour pour admirer quelques lacs d'altitude. Nous évoluons dans de petites pentes raides et découvrons des lacs entourés de neige avec les glaciers juste au-dessus. Les sensations sont celles de la haute montagne, et nous savourons ce calme et cet abandon.
Mais il faut aller voir plus haut. Le passage existe ! Dans ces pentes enneigées le cheminement paraît naturel et facile. Nous contournons sans difficulté une longue barre jusqu'à son point faible. Nous savons que c'est gagné. L'ambiance est superbe et l'attente de la veille bien récompensée. Nous sommes passés. Mais où ? Toujours pas de nom à ce col. N'en donnons pas. Surtout pas. Que cela reste une énigme, que cela se mérite, que d'autres osent et hésitent. Nous n'étions nulle part, et nous en sommes revenus, un peu plus riches.
Patrick Dollé
Impressions du Canada
Parc national BANFF 6 août/18 août 2007
Une expédition en autonomie c'est d'abord, une fois le projet arrêté, une longue préparation matérielle, physique et psychologique.
Il faut s'occuper de l'aérien, des différents logements, des déplacements dans le pays, de la location d'un véhicule, de la nourriture pour le trek (qu'il faut parfois acheter sur place), de l'itinéraire, du permis de trek, des mesures éventuelles de protection contre les animaux sauvages, du poids du sac, etc... Internet est un outil indispensable pour traiter ces différents problèmes.
Une fois sur place, le début du trek est toujours un moment intense, la rupture pour deux semaines avec la civilisation, un départ vers l'inconnu, l'aventure, une jouissance très particulière mêlée de l'impression d'aller vivre une aventure humaine exceptionnelle, où la solidarité du groupe est primordiale.
Le premier repas puis le premier bivouac marquent le début de cette nouvelle vie où chacun règle les détails de 13 jours de vie en autarcie. Il ne reste plus qu'à profiter du paysage et de ce bonheur indicible de ne plus avoir pour un temps à supporter ses problèmes quotidiens. Une grosse surprise au Canada, le peu d'enthousiasme pour nos concitoyens à s'éloigner à plus de deux jours de marche d'une route, ce qui pour nous s'est traduit par 9 jours consécutifs sans rencontrer d'autres êtres humains. Même si la chance voulut que nous croisions la route d'un grizzli, d'une meute de loups, d'un troupeau de chèvres de montagne, de mule deer curieux et de quelques autres animaux, il faut noter qu'il est beaucoup plus difficile de croiser ces animaux sauvages dans les zones non parcourues par l'homme, par rapport aux zones très fréquentées par le public et en particulier au bord des routes ou au camping. Mon regret aura été de ne pas approcher de plus près ces ours dont on parle tant dans les montagnes rocheuses. Pluie qui vous glace et vous trempe, froid, neige, brouillard, soleil qui vous revigore, col enneigé, bivouacs toujours sympathiques quelles que soient les conditions météo, ponctués, lorsque les cieux étaient cléments, de feux de camp inoubliables dans ces paysages qui semblent avoir été créés exprès.
Comment ne pas ressentir une grande émotion lorsque l'on remonte la Roaring creek, lorsque l'on descend la Mac Connel river, là où l'homme n'a pas dû souvent mettre les pieds. Se sentir comme un pionnier du nouveau monde errant dans une terre vierge, escaladant les troncs d'arbres nombreux en travers de notre cheminement, en espérant ne pas avoir choisi le mauvais côté de la rivière. Retour en douceur à la civilisation à Skoki Lodge puis Baker Lake où, même à une seule journée de marche de la route, nous ne serons que 7 au campement.
Le brouillard du petit matin nous pousse inexorablement vers la sortie.
Au Boulder pass nous tournerons une dernière fois nos regards vers ce monde merveilleux que nous quittons à regret en observant avec amusement les picas en train de faire provision d'herbe pour le prochain hiver.
Henri Lebrat
Impressions et souvenirs du Canada 2007
Le séjour dans les Rocheuses Canadiennes pendant le mois d'août 2007, et plus particulièrement le raid de 13 jours, ont été un beau voyage à bien des égards.
Le plaisir a débuté avec une longue et sérieuse préparation qui nous a sûrement permis un séjour sans écueil. La particularité essentielle tenait au raid de 13 jours en autonomie complète qui se déroulait en zone sauvage, c'est-à-dire en contact permanent avec les éléments naturels et sans traverser de zone habitée.
D'ailleurs, en dehors des 4 membres de l'expédition, nous n'avons pas vu d'autres êtres humains pendant 9 jours consécutifs.
Je dois dire que cette sorte de "retraite en mouvement", hors des pressions quotidiennes de la société, est très reposante pour l'esprit. Bien sûr, les paysages étaient magnifiques avec les grandes et larges vallées, la multitude de lacs et leurs reflets bleu-vert changeant en fonction de la lumière.
Bien sûr, il y eut des rencontres exceptionnelles. Celle avec un grizzly qui, après avoir traversé derrière nous à bonne distance, s'est immergé dans le lac voisin, sans doute à la recherche de quelque nourriture, puis est sorti de l'eau, s'est ébroué avant de continuer son chemin. Celles avec des loups. La première fois, au détour d'un sentier, ils étaient trois. La deuxième fois, alors que nous redescendions vers la rivière que nous devions traverser, il arrivait seul en face de nous. A chaque fois, les loups se sont éloignés tranquillement, sans précipitation tout en nous surveillant du coin de l'œil au cas où ! La vision et la rencontre de ces grands prédateurs dans leur milieu naturel nous rendent un peu plus humble. Dans ces situations, on sent bien que le rapport de force ne nous est pas favorable ! Bien sûr, il y eut des moments particuliers. Ceux qui nous virent bloqués 24 heures sous nos tentes par la neige et le brouillard avant d'affronter un col sans nom. Ou bien encore, la découverte du lac Swendolyne dans son écrin de verdure en contraste avec la roche brute qui le précède sur les montagnes qui l'entourent. Il est difficile d'extraire un élément, quel qu'il soit de son contexte. L'ensemble des éléments, animaux ou choses qui composent le paysage constitue un tout. Les uns et les autres inter - réagissent. Ils acquièrent une beauté, une dimension les uns par rapport aux autres. Et, en isoler un, c'est les réduire tous. J'ai parfois la sensation d'être passé trop vite, de ne pas avoir pris le temps de m'imprégner davantage de chaque instant.
Peut-être de trop penser à avancer. A moins que ce ne soit un sentiment que l'on éprouve après chaque voyage...
Jean Durand St-Omer

