Carnet de route
MONT BUET
Le 03/04/2011 par LE PAPE Magali
Sortie des 2 et 3 avril 2011:
Refuge fermé l'hiver! Voilà ce que je tiens pour acquis depuis toujours.
Que faire? on part le vendredi? on dort dans la famille Haut Savoyarde? On bivouaque près du refuge de la Pierre à Bérard? On s'le fait à la journée?
1770m à skis, c'est quand même pas rien.... en plus il fait beau, la dernière virée à skis date d'il y a 15 jours....les jambes ne suivront peut-être pas....et puis y'a les 3h30 de route.....on en parle, on étudie toutes les options.... on peut aussi dormir dans le camion tout neuf de Doum et Mag au départ de la course.....
C'est décidé, on s'la joue "esprit privalpin", on bivouaque!!! Juste pour le fun!
Départ samedi 02 à 8h20 de Privas, petite pause chez la mamie d'la Yaute qui nous refile 3 bières "Mont Blanc" pour le retour de course le dimanche, arrivée à Vallorcine à la gare du Buet vers 13h, casse-croûte, départ 14h.
On gravit tranquillement les quelques 700 m qui nous séparent du refuge de la Pierre à Bérard en observant avec stupeur les dégâts causés par les avalanches de fonte des derniers jours..... Impressionnant....
Les quelques skieurs que nous croisons nous conseillent vivement de partir tôt le lendemain car "ça craint!". On s'en serait douté!
Arrivée près du refuge de la Pierre à Bérard vers 16h. La conférence débute... je parle de conférence car lorsqu'il s'agit de monter une tente, chacun et chacune y va de son commentaire, de sa réflexion (judicieuse ou déplacée!), de son humour ou de l'étalage de sa GRANDE ET LONGUE EXPERIENCE des montages et démontages de tentes en hiver. Conférence toutefois rythmée par les coups de pelles qui déblaient la neige accumulée devant le refuge que l'on commence sérieusement à voir en cette saison.... Entre deux commentaires plein d'humour (Cricri) et deux réflexions déplacées (de ma part, paraît-il!), NOUS (Cricri et moi!) nous soumettons à l'expérience de Doum qui nous monte une tente d'enfer, bien droite, bien calée, protégée du vent, et dont l'ouverture donne sur une petite marche taillée dans la neige et qui permettra à chacun de sortir facilement de cet abri merveilleux..... Il est bien ce Doum....
Bref, je décide d'aller me faire bronzer sur un joli cailloux encore au soleil tandis que mes deux compères décident à l'unanimité d'ouvrir la bouteille "d'élixir de raisin" apportée par Christophe. Il est bien ce Cricri....
Mon séjour sur le caillou ne dure que quelques minutes car ce couillon de soleil a décidé de se planquer derrière les crêtes qui nous surplombent!
Retour à la tente. Doum ose un tout petit "j'avais pensé te prévenir de la disparition imminente du soleil....mais non...."
Je rentre dans l'abri. 18h45. C'est l'heure du dîner! Le menu est digne des meilleurs bivouacs jamais réalisés: nouilles chinoises, soupe Royco, pain blanc et mini portions de fromage, Bolino, saucisson, Pompots, chocolat blanc aux éclats d'amande (commerce équitable tout de même!!!) et tisane réglisse/menthe.
Cricri nous fait tout de même remarquer qu'il a "comme un léger froid sous les fesses....". On soulève les tapis de sol. Découverte stupéfiante que les tentes 3 saisons ne sont effectivement PAS DES QUATRE SAISONS!!! La neige fondue par notre chaleur humaine détrempe les tapis et attaque son ascension vers les duvets!!! Horreur! branle-bas de combat! Cricri se précipite sur son sac et nous sort victorieusement une couverture de survie....qui est dans son sac depuis le temps où il faisait de la spéléo!!
La couverture se brise au fur et à mesure qu'on la déroule... Seul Doum aura la chance d'être sur la partie complète de la couverture, Cricri et moi n'ayant qu'une bonne moitié du corps au sec! La nuit s'annonce épique! Comment plomber l'ambiance joyeuse d'une tente......
C'est décidé, on va porter réclamation au club! Il nous faut des tentes pour les bivouacs dans la neige, ABSOLUMENT!!
Après une nuit rythmée par la respiration aux tendances accoustiques variables de certains, l'asphixie d'une enrhumée qui rêve que le petit jour se pointe ou les sorties de tente obligatoires pour tout être qui a bu de la tisane au coucher, l'heure du réveil arrive enfin. "Pas envie de sortir du duvet, mais alors pas envie!" s'exclame notre Cricri qui a vécu ici sa première nuit sur la neige.
Image amusante à la vue des petites frontales qui s'approchent doucement du refuge par le fond du vallon, activité moins ludique lorsqu'il faut démonter la tente, regrouper les affaires inutiles à l'ascension dans un sac poubelle qui sera enterré sous la neige, préparer le sac allégé et pourtant qui semble toujours aussi lourd et surtout constater que cette nuit, IL N'A PRESQUE PAS GELE!!
L'enfer commence pour Cricri, enfer que chacun d'entre nous a déjà connu lorsque les encadrants d'une sortie sont légèrement stressés, pressés, peu souriants et peu compréhensifs aux souffrances physiques et psychologiques de ceux qui suivent et s'accrochent tant bien que mal en ayant juste le temps de dire entre deux halètements "Je suisarrêté parce que j'ai soif, mon ami Doum!!!!"
Cette sensation de haïr ces encadrants qui semblent ne même pas souffrir, qui mangent pas, boivent pas et galopent..... galopent pour sentir la neige, repérer les passages clé, ceux qui présentent un danger, en gardant toujours un oeil sur la montre et sur ceux qui suivent en leur disant "Allez Cricri, allez Cricri!" et redoutant encore et toujours ce mot terrible pour tout passionné de la neige: AVALANCHE.
Car c'est vraiment sur ces deux jours que l'on a pu comprendre pourquoi tant de skieurs ou randonneurs ont péri cette année. Les conditions sont dantesques. Les accumulations de neige se fissurent de partout et les pentes entières semblent vouloir se détacher de partout. Heureusement, l'itinéraire menant au Buet par la voie normale présente peu de gros risques pour peu que l'on s'engage dans ces pentes magnifiques à des horaires prudents. Ce qui ne fut pas le cas de nombreuses personnes croisés ce jour là.
La beauté du paysage est stupéfiante. La vue sur le mont Blanc au sommet est magique. Grande première pour notre ami Christophe qui a encore franchi une étape cette fois. Peu de temps pour s'écouter dans ses conditions. On prend sur soi, on avance et on gagne ce sommet avec la récompense de la vue sur le massif du mont Blanc, les Aiguilles rouges et les sommets suisses en ligne de mire.
Descente encore plus éprouvante puisque l'horaire de 10h30 au sommet annoncent l'urgence de fuir les pentes qui ont chauffé. On récupère le matériel enfoui sur le lieu du bivouac. La descente est assez agréable sous le refuge. Le stress des avalanches s'atténue sur ces pentes moins exposées. Le passage dans la forêt ravagée par les purges des journées ensoleillées est assez épique. Quelqu'un pert même un ski qui file droit dans le ruisseau....
Christophe déclare nous maudire. Je tente de lui expliquer que l'on a tous vécu ça et que c'est un passage obligé pour progresser.....
Il semble rêveur..... même durant le pique-nique pris face aux Drus et à La Verte!
Mais je suis convaincue qu'il va ressigner pour le week end à la Croix de Belledonne.......
